
La tontine comme moteur d’investissement pour la diaspora africaine
Par Pôle Entrepreneuriat & Innovation
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Avant d’être un choix de carrière, une opportunité professionnelle ou une ligne sur un CV, la mobilité a d’abord été, et demeure, une question de se déplacer pour chercher ailleurs ce que l’on ne trouve plus ici. C’est l’une des constantes de l’expérience humaine : on bouge au même titre que l’on cherche refuge, ou que l’on assure sa survie. En isiZulu, l’une des expressions employées pour parler de mobilité est ukukwazi ukuhamba – ou “la capacité de se déplacer”. L’idée que nous ne sommes pas des êtres figés, subissant leurs environnements, mais ayant l’aptitude de choisir autre chose, de choisir mieux, de choisir ailleurs.
En ce sens, la mobilité n’est donc pas foncièrement un aller-retour, ou un aller simple – une action condamnante. Et pourtant, quand il s’agit de mobilité africaine, le débat se présente (trop) souvent comme une dichotomie : partir ou revenir. Aller, ou rentrer. Tout particulièrement, le discours autour du « retour » reste empreint d’un imaginaire réducteur, hérité ou fantasmé. Celui d’un chemin inverse, d’un mouvement qui ramènerait nécessairement à un point de départ. Le mot retour suggère presque qu’on rembobine sa trajectoire. Il sous-entend une régression vers un statu quo, un état de nature figé dans le passé.
C’est peut-être là que réside l’illusion : croire que le point de départ nous attend, intact. Or, rien ne reste immobile. Le passé auquel on prétend revenir n’existe plus vraiment. Le temps ne suspend rien en notre absence. Les lieux changent, les sociétés évoluent, les repères se déplacent. Les gens ont vieilli, certaines relations se sont distendues, d’autres se sont réinventées, les rapports de force ont changé. Celui qui revient n’est plus tout à fait celui qui est parti, et l’endroit qu’il retrouve n’est plus tout à fait celui qu’il a quitté, parce que celui-ci a continué d’exister sans nous, tout comme nous avons continué d’exister loin de lui. Dès lors, peut-on réellement revenir à quelque chose ?
La question devient alors : retourner où, exactement ? Dans son pays ? Sur un continent ? Peut-on vraiment parler de « retour » lorsque l’on rejoint un endroit où l’on n’a jamais travaillé, voire même jamais vécu ? Et si, finalement, rentrer n’était pas revenir en arrière ? On oppose souvent partir et rentrer, alors qu’ils peuvent être deux manifestations d’une même chose : avancer. Il ne s’agit pas de retrouver son point de départ, mais d’ouvrir une nouvelle étape de sa trajectoire. La mobilité devient alors moins une question de destination qu’une capacité à construire sa trajectoire entre plusieurs espaces. Ukuhamba. Partir travailler à Douala, Lomé, Casablanca, Harare, ou Nairobi peut être la prochaine étape d’une carrière internationale.
Cependant, considérer le retour comme une possibilité est une chose. Pouvoir se projeter concrètement en est une autre. Dire que l’on aimerait travailler en Afrique est relativement facile. «Un jour», «plus tard», «quand l’occasion se présentera». Plus difficile, en revanche, de mettre des mots sur ce que cette occasion devrait réellement être. Quel poste justifierait ce mouvement ? Avec quel niveau de responsabilité, de rémunération, quelles perspectives d’évolution ? Dans quel pays, dans quel secteur, auprès de quelles entreprises ? Quelles conditions rendraient ce choix non seulement envisageable, mais désirable ? Derrière la question du retour s’en cache peut-être une autre, plus inconfortable : que faudrait-il pour que l’Afrique devienne un choix professionnel compétitif, et pas un devoir moral ?
Autrement dit, vouloir rentrer ne suffit pas. Encore faut-il pouvoir choisir de rentrer. Le retour ne peut pas uniquement reposer sur l’attachement, l’héritage ou le sentiment de devoir contribuer.
Parce que ces réponses sont différentes pour chacun, c’est précisément là que la réflexion doit rencontrer le réel : échanger avec ceux qui ont déjà franchi le pas, comprendre leur parcours et leurs arbitrages ; rencontrer des entreprises qui recrutent sur le continent ; découvrir des opportunités que l’on n’aurait peut-être jamais envisagées ; construire un réseau ; confronter ses attentes à la réalité des marchés et, parfois, déconstruire ses propres représentations.
C’est la raison d’être de l’African Mobility & Innovation Day. Le 24 octobre, l’AMID créera cet espace de rencontre entre talents, recruteurs, entrepreneurs et acteurs engagés autour du continent. Un endroit où une envie encore abstraite peut se confronter à des expériences, des interlocuteurs et des opportunités concrètes. Non pas pour répondre à votre place à la question du retour, mais pour vous donner davantage de matière pour y répondre vous-même. Car la véritable question n’est peut-être pas de savoir si l’on est prêt à « rentrer ». Mais de savoir vers quoi l’on souhaite avancer maintenant.